samedi 29 mars 2014

Papa m'épate et et maman m'a tout donné*

"Rebecca!"
 
Hein, hein, quoi? Hier matin, j'ai cru que ça allait barder dès le réveil. En fait, papa me sonnait juste les cloches parce que j'allais être en retard chez maman et que je n'avais plus qu'une poignée de minutes pour sauter dans ma tenue et filer là-bas.
 
Il n'avait pas dit "Rebecca", évidemment, mais je sais pas, je devais rêver des Hauts de Hurlevent. J'avais dû faire le lien, toussa, avec la Mornay, en entendant quelques minutes plus tôt mon alarme, qui avait eu l'effet d'une bourrasque sur mes oreilles délicates.
 
Quand je suis descendue, j'ai bien compris que j'avais été à deux doigts de la fessée, le jeudi soir, parce qu'à écrire mon journal intime ici, je m'étais couchée à pas d'heure et ça, papa, il aime pas trop. En même temps, mes yeux non plus n'aiment pas trop, et mon ego encore moins, quand il croise dans le miroir un visage défait et des yeux bouffis par le sommeil.
 
Bon, comme mon papa, au fond, il est gentil, il m'a laissé squatter la salle de bain et partir sous sourciller.
 
Je crois qu'il a bien intégré le concept de garde alternée, d'autant que Tony arrivait au moment où je partais. Je sais pas, je crois qu'ils n'osent pas me dire la vérité, mon papa et lui, alors ils me disent que Tony est juste en stage, mais moi, je me demande s'il ne serait pas genre, mon demi-frère, un truc comme ça.
 
Chez maman, on a fait de la pâte à choux et écrit des mots sur ses jolies photos, dans la partie cachée de son blog, pour que ma maman, elle ressorte bien sur Google, et qu'on sache qu'elle fait les meilleurs macarons et autres religieuses du monde. Après, plutôt que d'aller à la cantine, on est allé dans un vrai restaurant et je me suis dit que j'avais quand même drôlement de la chance d'avoir une maman pareille.
 
Finalement, j'ai réussi à en toper une. oui, une seule. Maman, elle avait tout fait pour l'école, dégoûtée!
 
En rentrant de déjeuner, pourtant, j'ai eu comme un doute. Je sais pas, je crois qu'elle n'ose pas me dire la vérité, mais quand elle m'a annoncé qu'elle allait porter toutes les chouquettes que nous avions faites à l'école de ses enfants pour le carnaval de sa petite, je me suis posé des questions. Je me suis demandé si, genre, elle n'aurait pas d'autres loustics et une vie, un truc comme ça.

Je me suis dit que maman m'avait tout donné... * sauf les chouquettes.
 
Du coup, je suis rentrée chez papa. Mon demi-frère était toujours là et on s'est amusé comme des petits fous, entre rédaction de recette (j'espère que j'aurai la moyenne) et inventaire. Papa, il est trop fort, il me fait faire du français et des maths, alors que je pensais bosser ma cuisine!
 
Ensuite, mon demi-frère est parti mais je n'ai pas pu profiter de mon papa pour moi toute seule. Des tas de gens qu'on ne connaissait pas ont déboulé dans la maison. Et là, j'ai compris que les cours de cuisine, papa, il les réservait pour quand on était nombreux! Comme j'ai trouvé ça rigolo, j'ai fait comme tout le monde, j'ai pris un tablier et j'ai redoublé de fierté en écoutant mon papa.
 
Mon papa, il est trop fort pour raconter des histoires. Je crois qu'il a un bouton caché quelque part, qu'il sait déclencher en un instant. Mettez-le devant des élèves, un micro, une caméra, paf, la magie opère.
 
Le casque tient bien tout seul, en vrai. Mais mon papa, quand il enregistre les sons pour la semaine,
il aime bien reprendre "We are the world" en boucle.
 
 
C'est comme ça qu'il a démarré sa chronique quotidienne sur France Bleu Gironde. L'interview qu'il avait accordée à la radio locale avait notamment marqué Rodolphe Martinez, l'animateur aguerri qui sévit le matin, et il a réussi haut la main le test qui lui avait été proposé, quelques temps plus tard, pour une pige, jusqu'à devenir la figure du Grand Miam.
 
 
L'émission commence dans trois minutes. Pas de quoi affoler notre chef...
 
A l'antenne ou dans son atelier, dans la rue ou au marché, vas-y que je te parle en toute spontanéité et avec beaucoup de cœur du fond de veau artisanal, de la soupe de pois cassés ou d'un restaurant bordelais et tout le monde l'écoute religieusement.
 
Ah oui, c'est vrai, mon papa, il s'appelle Chef Jésus.
 

vendredi 28 mars 2014

Les mille vies de la petite

J'étais contente, tout à l'heure. Mes parents se sont de nouveau parlé.
 
Pourtant, ça avait mal commencé ce matin. Mon papa m'a fait remarquer qu'il serait peut-être judicieux que je me bouge la couenne, parce que maman allait arriver et qu'il ne fallait pas la faire attendre.
 
Je me suis demandé s'il ne voulait pas me chasser de la maison. Carrément.
 
Comme prévu, maman est venue me chercher sur le trottoir et elle m'a emmené faire du shopping. Nous sommes arrivées dans un grand entrepôt, me rappelant quelques souvenirs rennais, et j'ai fait le plein de tout ce qui était possible. A un moment, maman m'a rappelé que je rentrais à Nantes en train, dimanche, me faisant sérieusement douter quant à la pertinence d'acheter ce kilo de pépites de chocolat, en sus de ce que j'avais déjà raflé.
 
Ma maman, elle est trop forte en pâtisserie et elle connait tous les bons tuyaux...
(Là, on ne voit que sa main, je ne l'aurais jamais traité de pomme)
 
 
Maman, elle est pleine de bon sens, alors, je l'ai écoutée. Je crois que mon dos et mes bras lui en seront reconnaissants, dans trois jours, quand, entre deux gares, je ramerai littéralement et suerai comme du beurre dans une casserole chaude.
 
Ensuite, maman m'a déposée mais papa n'était pas rentré. Ah oui, je vous en ai déjà parlé, mais quand même, mon papa à moi, c'est une star. Il met un casque sur sa tête, pas pour faire de la moto, non. Pour faire de la radio! Et le pire, c'est qu'on dirait qu'il a fait ça toute sa vie.
 
Oui, c'est vrai, je suis assez fière de mon papa.
 
J'ai attendu qu'il ait fini sa chronique quotidienne sur France Bleu Gironde, pour une émission dont j'adore le nom. "Le grand miam", pensez donc, ça donne envie. J'avais bien envie, pour patienter, de taper dans les brioches qu'on avait faites, la veille, avec maman, mais ce n'était pas raisonnable, alors, à la place, je suis montée dans ma chambre faire mes cahiers de vacances.
 
Il s'agissait de trier toutes les parutions presse consacrées à Cuis'in les Ateliers. Et je peux vous dire qu'il commence à y en avoir un paquet, depuis l'ouverture en 2009. Résultat, quand papa est rentré de la radio, je n'avais pas encore fini.
 
Je n'ai pas trop osé lui parler de maman. A la place, on a fait des activités manuelles, du découpage (d'articles) principalement et puis, parce qu'il était un peu tard et qu'on est rien que des gros gourmands, on s'est offert un plateau de frites énorme. On a fait genre, "oh la la, y'a tout ça à manger, c'est trop"... Avant de tout engloutir, sans trop de scrupules (enfin, j'ai eu une pensée sincère pour mes capitons, qui se sont gorgé de tout ce qu'ils aiment. Hum).
 
Après les frites, il y a eu une deuxième bonne nouvelle: maman est revenue. Il fallait qu'elle discute avec papa. J'ai pas tout compris, parce que je pensais qu'ils allaient parler de la garde alternée, toussa, mais ils n'ont fait qu'évoquer des cours de macarons, de pâte à chou ou de viennoiseries, je me suis demandé où ils voulaient en venir. Pas d'engueulades, rien. Ils étaient sérieux, en plus, on aurait dit qu'ils travaillaient!
 
Bon, malheureusement, maman est repartie mais heureusement, papa s'est bien occupé de moi. J'ai refait un peu de découpage et puis ensuite, il m'a fait écrire un texte. Le plus drôle, je crois bien, c'est lorsqu'il m'a proposé qu'on aille cuisiner ce qu'on venait d'écrire. Il fallait faire de la chantilly rouge, une crème avec plein de beurre, et pis des asperges, plein, pour raconter tout ça dans un chouette papier.
 
Suspense insoutenable. La chantilly va-t-elle finir par arriver, sur ses petites papattes? Papa veille au grain.
 
Ce que j'ai préféré, je crois, c'est quand papa a voulu prendre de jolies photos du plat et qu'il a déménagé à peu près tout l'atelier pour y parvenir. J'ai un peu regretté que maman ne soit pas là pour voir papa zoomer sur une famille de bovins devant une assiette d'asperges.
 
C'est rigolo, un papa qui joue avec des objets en plastique et qui les photographie comme si sa vie en dépendait.
 
Mais en fait, j'ai compris, d'un coup, que mon papa et ma maman, ils n'étaient pas fâchés, en fait. Ils ont juste chacun leur vie, leur domaine et ça me va bien, moi, de changer constamment d'univers, sans avoir à choisir.
 
Mais faudra peut-être que je leur dise, un jour. La petite, là, elle a 39 ans. Je sais, c'est dingue.

mercredi 26 mars 2014

De l'art d'être en garde alternée

Demain matin, elle passe me récupérer sur le trottoir. Mais moi, je suis un peu perdue, parce que jeudi, c'est Jésus, pas Patricia. Faudrait qu'ils se mettent d'accord, les grands.
 
Ah oui, je ne vous ai pas dit: je suis en garde alternée. La différence, c'est que je n'ai pas un papa et une maman qui se détestent, même si, quand même, je serai sur le trottoir demain matin. Non, j'ai un cuisinier d'un côté, une pâtissière de l'autre, et je vais de l'un à l'autre durant tout ce stage.
 
Je vous explique pas le dilemme. Préférer papa? Maman? Mais enfin, quelle question, c'est comme si vous me demandiez lequel de mes chats je préférais. On est d'accord, comparer Jésus et Patricia à ces boules pleines de poil qui me servent de félins, c'est complètement absurde. Mais ça vous situe justement la complexité de la situation.
 
Mes brioches ressemblent enfin à quelque chose. Enfin, à quelques détails près... En gros, ceux de Patricia sont top. Les miens sont encore à travailler. Le premier qui me parle de la pointe toute bizarre, je lui casse la tête à la récré.
 
 
Ce que je veux dire, c'est que j'apprends tellement des deux côtés que je ne peux trancher. Alors, moi, "la petite", je pars un jour découvrir les secrets de la pâte feuilletée levée (et donc, notamment, des croissants, pure tuerie absolue), avant de revoir le lendemain le BA-ba en matière de cours de cuisine.
 
Ouais, ok, rendons à César... Sans Patricia, pas sûre (doux euphémisme) que mes brioches auraient eu cette tête-là...
 
 
Je passe de la brioche à la terrine de saumon, jongle entre les impératifs de suivre la com d'une entreprise et les appels d'offre sur un coup de dé. Surtout, je mesure le chemin qu'il me reste à accomplir en termes de pâtisserie et je me sens, paradoxalement, comme un poisson dans l'eau, dans cet atelier cuisine parfois envahi par des êtres bizarres...
 
Là, on dirait qu'ils écoutent. On dirait...
 
 
Oui, des enfants. Bien animés, ça oui, je vous le confirme.

Ils avaient l'air plutôt bien dans leurs baskets. Sans doute ne connaissent-ils pas la dure loi de la garde alternée, où papa et maman se disputent ta présence...

Mais en fait, je dois vous faire une confidence: j'adore jongler de l'un à l'autre, passer de l'univers de Jésus, à la fois pragmatique et toujours inspiré, à celui de Patricia, aux mains d'or et plein de promesses. Il n'y a même aucune rivalité entre l'un et l'autre, seulement une complémentarité absolue qui fait de cette nouvelle semaine à Bordeaux un moment privilégié, où je savoure la chance de rester en équilibre entre deux mondes, cuisine et pâtisserie...

mardi 25 mars 2014

Le zèle de Popol

Lundi matin, 9h et des poussières. Je suis chez Patricia, à Bordeaux. Son téléphone sonne. Numéro secret. La pâtissière est un rien fatiguée et puis, après tout, on discute, là.
 
Quelques minutes plus tard, je suis dans sa cuisine, son téléphone sonne de nouveau. Numéro secret. La pâtissière répond, un rien lasse. Un silence, assez long, et je l'entends:
 
"Oui, oui, elle est bien là."
 
Patricia revient dans la cuisine en me confirmant ce que je supposais: C'était Pôle Emploi, pour vérifier que je m'étais bien présentée ce matin. Je veux dire, pour le stage que j'ai réclamé et pour lequel j'ai insisté.
 
Ouf, j'ai eu chaud. J'aurais pu être radiée, dis. Sauf qu'il faudrait être fou pour zapper un stage comme celui de cette semaine...
 
Allez, la suite arrive très vite, là, Pôle Emploi fait ce qu'il veut, mais moi, je ne fais pas de zèle à minuit passé.

dimanche 23 mars 2014

Des cobayes à la langue bleue

"OK, premier geste, on se lave les mains. Et, évidemment, on ne se met pas le doigt dans le nez, on ne se cure pas les oreilles, on ne se gratte pas les poux..."
 
Mon entrée en matière n'était peut-être pas orthodoxe mais elle a eu le mérite de faire sourire les jeunes élèves. Ce samedi, j'ai honteusement exploité mon Loulou et les enfants de ma meilleure amie : ils devaient servir de cobayes.
 
Oscar, Cassandre et Sidonie. Je ne leur ai promis aucune fraise Tagada pour qu'ils soient aussi appliqués, promis!
 
 
En vérité, cet atelier cuisine et pâtisserie s'est organisé tout spontanément et je n'ai menacé personne de l'étouffer avec des macarons. C'est juste à la fin du cours que j'ai appris que, au départ, Oscar, l'aîné, pensait que "ça allait être nul", tandis que Sidonie, sa sœur de bientôt 10 ans, m'avouait qu'initialement, ils n'étaient "pas trop enthousiastes". Mon Loulou, lui, ne voulait pas en entendre parler ("Pff, je peux faire ça quand je veux" - merci les hormones, encore). Emile, enfin, avait encore du chocolat sur les lèvres, et comme on lui avait apporté une tenue du Barça, bon, il était un peu acquis.
 
J'avais aussi un peu corrompu mes jeunes élèves, en leur offrant un paquet de Carambar qui-piquent-et-qui-font-la-langue-bleue. Fausse bonne idée, cet effet magique aurait plutôt tendance à dissiper les marmitons...
 
En réalité, c'était plus un joli moment qu'un réel test pour plus tard, j'avais envie qu'on s'amuse et on gardera tous, j'espère, un bon souvenir de cet "atelier" où les enfants ont tous mis la main la pâte, avec beaucoup d'application. En deux heures et demi, ils ont réalisé des sablés orange-noisette, des macarons au chocolat au lait, un cake feta-herbes et des feuilletés au chèvre.
 
C'est marrant, quand Emile me dit d'un ton assuré qu'il aime pas trop le chocolat, j'ai comme un doute...
 
Surtout, ils ont eu envie qu'on recommence, "parce que c'est mieux qu'avec maman".
 
Leur maman, c'est ma meilleure amie, alors que je me comparerai jamais à elle, d'autant qu'en plus d'être ce qu'elle est, elle cuisine très bien, en passant. Simplement, cette distance naturelle, avec les enfants qui ne sont pas les nôtres, nous permet d'avoir beaucoup d'affection pour eux sans que cela se retourne aussitôt contre nous comme un boomerang.
 
En fait, je réalise que j'ai pris une leçon, ce samedi. Merci les enfants!

samedi 22 mars 2014

Le Moyen-âge du futur

-M'man?
 
- Oui, mon Loulou?
 
- J'aime pas que tu m'appelles Loulou.
 
- Ah oui, c'est vrai. D'accord, Loulou. Tu voulais me dire quelque chose?
 
- (Légèrement agacé) Pourquoi l'Etat, il donne pas des sous aux pauvres?
 
- Euh, ben si, il le fait (ou alors, le RSA et l'ASS, c'est juste pour dire? Gros doute, d'un coup)
 
- Oui, mais pourquoi l'Etat, il considère les pauvres comme une sous-espèce?
 
- Euh... (léger blanc de la maman et de son cerveau, en proie à un vide intersidéral)
 
- Non, parce que, vraiment, m'man, les pauvres, ils sont considérés comme une sous-espèce. C'est fou, ça, j'ai l'impression qu'on va vers le moyen-âge du futur.
 
CQFD, Loulou. CQFD.

vendredi 21 mars 2014

Une nouvelle fourchette?

Je n'aurais pas dû être chez moi, ce jeudi midi, mais Loulou, s'étant fait une cervicalgie (à 10 ans, eh ben, ça promet. Pauvre enfant), la mouette a endossé avec joie le rôle de maman bobo, celle qui réconforte son fils - même si ce dernier l'appelle désormais M'man (vive les hormones).
 
De temps à autre, je jette un coup d'œil discret à la rubrique "réseaux sociaux" de ma boîte mail, si ingénieuse qu'elle trie à ma place mes courriers.
 
Je considère Viadéo comme une plateforme utile principalement pour les gens en recherche active de travail, de réseau, de contacts, que j'imagine (bêtement?) cravatés et sérieux. Pourtant, je devrais me méfier de mes apriori, puisque c'est bien avec ce site que l'aventure a démarré avec Poney... Mais, bref, je n'y accorde qu'un intérêt tout relatif.
 
Alors pourquoi, vers 13h, ai-je consulté mes mails et cliqué sur le lien Viadéo?
 
Le hasard a sans doute quelque chose à voir mais j'y ai trouvé une demande de contact et un mail fort intéressants.
 
Un certain Alain, au parcours long comme un jour sans chocolat dans l'hôtellerie et la restauration, qui me demandait si j'avais déjà ouvert mon établissement. Ni une, ni deux, je lui réponds, il m'appelle très simplement, je le rappelle - vu que Loulou me retenait dans sa chambre pour finir son Lego de 25 623 pièces - et nous convenons d'un rendez-vous, dès le lendemain matin.
 
Ce vendredi matin, donc.
 
C'est assez bluffant de constater que ce qui est sorti de votre cerveau (enfin, ce qu'on appelle ainsi, le fonctionnement de la boîte crânienne in real life demeurant aléatoire, surtout chez des blondes comme moi) il y a cinq ans peut ressortir, là, dans la bouche de personnes dont vous ignoriez l'existence la veille.
 
J'ai en effet rencontré les deux associés de cette société en création, Alain et un monsieur qui m'a d'emblée fait penser à Jean-Pierre Coffe, par son allure, ses lunettes rondes, sans doute, mais surtout par ce côté un peu brut de décoffrage. Pour autant, il m'a expliqué calmement les diverses voies que leur projet voulaient emprunter et en moi, je pensais: "c'est pas vrai, c'est exactement ce que j'avais prévu"... J'avais apporté mon macaron rose, comme pour leur montrer que je n'avais pas volé leurs idées, mais ils n'ont fait que le survoler.
 
Ce qui les intéresse, je crois, c'est la matière humaine. Voir ce qu'on a dans le ventre.
 
Je ne peux pas encore dire ce que cette première rencontre va engendrer, mais croyez-moi, je vais finir par croire qu'il y a quelqu'un, là-haut, qui me chouchoute et qui joue bien plus qu'à maman bobo.

mercredi 19 mars 2014

La boss des ma... carons

Son papa était cuisinier, son parrain boucher, sa mamie "cuisinait divinement bien" et sa tatie adore ça. "On a baigné dans la bonne bouffe", dit-elle, l'air gourmand. Dans cette famille de bons vivants, issue de Léognan, en Gironde, il y avait Patricia, la fille. "Je suis comme Obélix, je suis née dedans", poursuit-elle, "d'ailleurs, j'en ai même les formes!"
 
Cette femme plantureuse de 37 ans, maman de 3 enfants, semble de fait bien dans ses pompes. Le visage est doux et rond, souriant et change au fil de la conversation, tantôt sérieux, tantôt rieur, toujours avenant.
 
Patricia Amestoy, expert es-pâtisserie
 
 
Elle voulait être infirmière, elle a enseigné les maths et les sciences, trois ans durant. Entre temps, la maternité est passée par là, une fois, deux fois, trois fois, de quoi donner à Patricia, lasse de la précarité, l'envie de se stabiliser, professionnellement parlant, et donc de changer de voie. Et là, le déclic. "On se rend compte que les premières passions reviennent à la surface. La cuisine, la pâtisserie... " Elle est décidée. Elle veut "monter un truc".
 
Amie avec la boss de "M les macarons", enseigne bordelaise spécialisée dans les gourmandises les plus hype de la décennie, elle saute sur l'occasion lorsqu'il est question de développer l'affaire. Embauchée, elle monte le labo avec l'amie, met toutes les recettes en place, assure... Mais les désaccords ont raison de l'entente initiale et Patricia prend le large, après neuf mois. Elle passe... son agrément d'assistante maternelle (!) mais garde toute sa détermination quand il s'agit de pâtisserie. Elle aborde ainsi Philippe Andrieu, ancien chef pâtissier chez Ladurée, ayant également oeuvré chez Pierre Hermé, lors d'un concours de macarons organisé à Bordeaux. Patricia se retrouve en stage chez lui, deux semaines. "Et là, j'ai vu tous ces pâtissiers qui avaient bossé chez Ladurée me demander des conseils!" s'en étonne-t-elle encore.
 
Oui, elle s'accroche Patricia, car elle s'est inscrite au CAP Pâtisserie en candidat libre et potasse sur le net des tutos, demande aux collègues de son mari de jouer les cobayes, avec grille de notations à la clé... Bientôt, une autre personne lui colle une forme de pression: Jésus, qu'elle a connu en tant qu'élève de son école de cuisine. "Mon guide spirituel!"

Un guide qui, soucieux de développer son entreprise, propose à Patricia, dont il a cerné le potentiel, d'enseigner la pâtisserie aux élèves de Cuis'in les Ateliers. "Jésus a été un samaritain, pour moi. Le même jour, Rodolphe Martinez (animateur de la tranche matinale sur France Bleu Gironde) m'a appelée pour faire "Femmes de Gironde"!" L'occasion, pour cette femme un rien réservée, de lâcher un peu prise. "Rodolphe a fait mon psychologue pendant une heure!" L'occasion, aussi, d'être lâchée dans le grand bain.
 
D'ailleurs, tout s'enchaîne: elle pleure comme une madeleine lorsqu'elle apprend, dans le cabinet de l'orthophoniste (!) qu'elle a obtenu le CAP Pâtisserie, monte son EURL, "La Maison Amestoy", et démarre son premier cours le 7 septembre 2013, chez Cuis'in les Ateliers. Joli retour aux sources pour cette enseignante, qui use de nouveau de sa pédagogie pour inculquer à ses apprentis marmitons les joies de la douille et de la pâte feuilletée...
 
Et vous connaissez la bonne nouvelle?
 
 
Ah mince, on n'y voit rien: bon, c'est pour dire que mon stage est validé, yipaaa.
 
Eh bien, lundi, direction, Bordeaux, chez Maison Amestoy, pour une nouvelle semaine de stage intense et gourmande... Autant vous dire que je vais encore vous parler de mon traumatisme de la douille (que je soigne), de ma polio quand il s'agit de pédaler sans vitesse, mais aussi de... Jésus, qui espérait peut-être que j'arrête de faire mon toutou, sans savoir que la mouette, c'est aussi teigne qu'un petit roquet. Rien que ça.
 
Attention, comme d'hab', Pôle Emploi me prévient que si je ne suis pas au rendez-vous du stage que j'ai moi-même sollicité, et pour lequel j'ai insisté... je serais radiée. Eh, eh, eh...

mardi 18 mars 2014

Où j'essaie de rentrer dans des cases

Je pourrais vous raconter comment j'essaie de rester digne lorsque je m'explose le genou, après avoir buté sur une marche.
 
Oui, vous supposez bien, c'est un challenge, de se draper dans sa dignité quand on se retrouve les quatre fers en l'air, sur le parvis de la gare nantaise un dimanche soir.
 
Mais entre le combo glamour (ballerines-pilou, je vois que certains ne suivent pas), ma polio de l'aéroport et mon pédalage de semoule dans les rues bordelaises, je vais finir par me faire une réputation de gaston-en-jupe qui ne va pas arranger ma crédibilité.
 
Bon, ok, c'est trop tard.
 
N'oublions pas, néanmoins, l'un des objectifs que je m'étais fixés, concernant ce blog: l'envisager comme un journal de bord pour ma création d'entreprise. Et pendant que j'enchaîne les maladresses, mon petit parcours, il a pris ses petites jambes, retroussé ses manches et il a avancé.
 
Oui, j'ai pris des options pour que mon cerveau se gère tout seul, je vous assure, c'est vraiment plus simple. Mais ça explique aussi pourquoi mes membres, ainsi déconnectés, ne cessent de dérailler et me font chuter.
 
Bref.
 
Ce que j'essaie de vous dire, c'est que, en vrai, ça avance un peu. Mon projet en cuisine se dessine chaque jour un peu plus et j'ai défini mon offre. Enfin, à peu près. Aujourd'hui, j'ai appris que la demande de financement était partie, pour que je suive une formation de huit mois, afin d'obtenir le titre professionnel de cuisinier.
 
Je me suis posé beaucoup de question, CAP, Bac Pro Cuisine, CQP Commis de cuisine et donc, ce "TP". Les deux premiers sont reconnus par l'éducation nationale, le deuxième par la branche, le troisième par le ministère du travail. Dans tous les cas, on peut penser: et alors? Sauf qu'il s'agit bel et bien d'un choix stratégique, en fonction de ce que l'on veut faire ensuite.
 
Après avoir contacté, voire rencontré, les différents acteurs des formations possibles sur Nantes et son département - et au delà - j'ai donc fini par trancher pour ce Titre Professionnel, qui reprend le contenu du CAP, avec des stages en entreprise. Si tout va bien, je démarre en mai.
 
Il y a juste un hic: puisque je veux (aussi) confectionner des pâtisseries artisanales, il me faut... un CAP Pâtisserie. Le CFE a été extrêmement clair au téléphone: "pas de CAP (ou d'équivalent via trois ans d'expérience dans le domaine), pas de pâtisseries".
 
 
Alors, cuisine ou pâtisserie? Les deux! Je cherche désespérément à joindre le responsable de la formation, près de Nantes, que j'avais déjà contacté et qui m'avait alors confirmé l'engouement actuel pour la pâtisserie: pour la prochaine session, il comptait 40 candidats pour 10 places... "Impossible de vous garantir une place", m'a-t-il alors indiqué.
 
Je ne veux pas prendre le risque de rater cette formation en cuisine, qui me semble aujourd'hui indispensable. Je vais suivre le conseil de Patricia, qui a elle-même passé en candidat libre son CAP Pâtisserie. Reste juste à jongler entre tout ça, en espérant minimiser les chutes...
 

dimanche 16 mars 2014

Les vieux sont des chatters comme les autres

"Allo, c'est Philippe!"
 
La voix est celle d'un homme âgé, plutôt issu des contrées rurales.
 
Philippe, Philippe, Philippe, voyons, voyons... Qui je connais de physiquement intelligent qui se prénommerait ainsi? Mon "beauf" s'appelle ainsi, mais y'a peu de chances qu'il m'appelle, j'ai un pote dans le Sud, mais il est encore djeun...
 
Non, vraiment, je ne vois pas.
 
Il est près de 20h, ce samedi, j'ai passé l'après-midi à la mer et j'ai bu un Moscatel avec Louloutte. On a pris le soleil, c'est vrai, le Moscatel est quand même sacrément costaud, mais enfin, ma mémoire de poisson rouge n'est pas si défaillante.
 
"Mais si, Philippe!"
 
C'est qu'il insiste, en plus.
 
"On a chatté ensemble tout à l'heure!"
 
Ah, ok, le flash. Non, je ne passe pas mes heures derrière un écran quand je suis toute seule (ou alors pour baver... sur des recettes à tomber, rien à voir), je me souviens maintenant des deux textos reçus dans la journée:
 
"Cc pk ta coupé" à 15h29
 
(mais puisque je me tue à vous dire que je n'ai pas coupé ma frange, c'est une follasse qui s'en est chargé!)
 
"Hello" à 15h54
 
(C'est marrant, j'aurais pas fait dans cet ordre-là, moi, j'aurais d'abord salué la gente demoiselle. Mais bon, tout se perd).
 
Soulagement de ma part, je lui dis qu'il a fait une erreur, le monsieur, subitement dépité et très, très embarrassé.
 
Forcément, avec un langage pareil, je n'avais pas fait le rapprochement "SMS de merde = (très) vieux monsieur".
 
J'ai toujours pensé que les vieux respectaient encore l'orthographe, eux. Encore un cliché qui s'envole.

samedi 15 mars 2014

La théorie des gens seuls*

J'étais plutôt guillerette, hier. La perspective d'un week-end en célibataire et sans gosse, avec tout ce qui vient avec :
 
- Ouais, pas besoin de faire des courses
- Ouais, pas besoin de manger à heures fixes
- Ouais, je peux me coucher à 52h du mat
- Ouais, je m'envoie la tablette de chocolat si je veux
- Ouais, je vais enfin faire le tri de mes recettes et des bouquins que j'ai empruntés, achetés, oubliés (il n'y a pas de mention inutile)
- Ouais, je peux - enfin - me plonger dans Breaking bad (je n'ai que quatre-vingt dix huit temps de retard, c'est rien)
- Ouais, je peux m'étaler dans le lit et même y faire l'étoile de mer
 
A chaque fois, tu cries le "ouais" comme une gosse à Disneyland. Ou devant le gros barbu rouge, vous voyez bien le genre.
 
Hystérique.
 
En réalité :
 
- Tu manges ce qui reste. Et quand tu n'as pas fait les courses, ça limite
- Manger des bol de céréales à chaque repas a un côté, comment dire, redondant
- 52h du mat, ça fait quand même tard, surtout quand faut nourrir les chats le matin, dès potron-minet (une expression que je transformerais bien en "pas trop, les minous", mais bon, on va dire que j'abuse)
- En plus des cernes, je me prends 20kg si je regarde la tablette. J'oublie cette riche idée (dans tous les sens du terme), je suis frustrée, je veux du cho-co-lat, surtout que je pourrais pas me réchauffer avec une couverture humaine, une fois au lit
- Tourner les pages des bouquins de recettes me donne faim.
- Série ou pas, je m'endors en trois secondes illico devant la télé
- Ensuite, quand j'ai traîné la masse qui me sert de corps jusqu'à la chambre (le canapé, ça va quand tu fais la gueule à monsieur, sinon, c'est torticolis assuré), je tourne et tourne dans mon lit où je ne peux pas faire l'étoile de mer, à cause des chats qui squattent la moitié des draps
 
Forte de ces constats, que j'ai expérimentés depuis - ouh la la, mon bon monsieur - très longtemps, j'ai détourné le problème. Pas de gosse, pas de mec? Ni une ni deux, plutôt que de virer Bridget Jones, j'ai filé au ciné (un très bon vaccin contre le BJS, Bridget Jones symptôme) voir une œuvre conseillée par un pote, qui m'avait prévenue:
 
"Tu verras, ensuite, on se dit qu'on est bien tout seul"
 
Ah oui, mais le problème, c'est que mon statut de femme hypra libre qui ne tombe pas dans le piège infernal chocolat-céréales-coucher à pas d'heure, eh ben... il est temporaire.
 
Et donc, à la fin de "Arrête ou je continue", je me suis penché sur l'intérêt de s'aliéner à deux, plutôt que tout seul.
 
Pendant ce temps, l'homme était bien tranquillement à l'autre bout de la France, sans se douter de ce qui se passe dans ma caboche (il y a renoncé, il a compris que c'était peine perdue).
 
La prochaine fois, j'irai voir un film avec des méchants qui détournent des avions, au moins, je serai sûre de ne pas m'identifier, rapport à la polio que j'ai développée dans les aéroports.

EDIT : Le fait que l'héroïne s'appelle Pomme a sans doute, aussi, peut-être quelque chose à voir avec l'identification, quand j'y pense...
 
* Le titre d'une excellente BD dans la non moins extra série "Monsieur Jean" de Dupuy et Berberian.
 

jeudi 13 mars 2014

La vagabonde de Nantes-Atlantique

Ouh la la, déjà?
 
J'ai l'impression que je viens de m'assoupir et il faut déjà se lever. J'ai un vrai problème avec le lever. Et je me dis que ceux qui bondissent de leur lit dès qu'ils entendent la première note de musique du radioréveil sont des sacrés veinards. Dans mes rêves, je serais une jolie princesse avec de longs et soyeux cheveux blonds (aaaah, les clichés, ça faisait longtemps) (les parenthèses aussi, tiens) (je suis en train de perdre mes tics, en ce moment, on dirait une mue) (je me demande en quoi peut bien se transformer une mouette) (bref).
 
Dans mes rêves, je serais donc une de ces pétasses qu'on déteste, qui poserait gracieusement ses délicats petons sur un sol propre et molletonné.
 
Dans la réalité, je me déteste de me sentir si molle, et j'essaie de trouver une place à mes pieds carrés entre les magazines et les bouquins qui jonchent le lino moyennement joli.
 
Dans mes rêves, j'irais rafraîchir mon visage si doux d'un peu d'eau et, telle une fleur, je descendrais au salon où m'attendrait un petit déjeuner à la fois léger et délicieux.
 
Dans la réalité, je me fais mordre par l'une de mes chattes, la deuxième me fonce dans les jambes pour aller chercher plus vite ses croquettes tandis que le troisième fait barrage entre la porte et lui.
 
Dans mes rêves, le thé serait déjà chaud, la tasse posée, l'odeur des tartines envahissant notre salon si zen et chaleureux.
 
Dans la réalité, je passe à la salle de bain, histoire de maudire un nouveau jour le Dexter capillaire n° 1 et la reine de la frange playmobil. J'essaie de virer la plus petite de nos chattes hors du lavabo, y renonce et descend péniblement au salon où la table est étrangement vide - hormis les miettes du dîner de la veille, peut-être et ce point de miel du... oui, c'est ça, du petit déj de dimanche dernier.
 
Dans mes rêves, je songe que, peut-être un jour, c'est moi qui préparerais les petits déjeuners, avec des cakes et des confitures maison, à nos hôtes venus passer quelques jours dans cette maison désormais mondialement connue qu'est "le repaire de la mouette". (le premier qui me propose un brainstorming pour trouver un nom à ma maison d'hôtes, je lui casse la tête à la récré. Non, parce que c'est moche de se moquer, quand même).
 
Dans la réalité, j'ai l'impression qu'une armée de petits soldats est venue miner le salon de papiers, magazines, lego, scotch, livres de cuisines, tasses, afin de transformer notre maison en terrain stratégique digne d'une troisième guerre mondiale.
 
Bref, tout ça pour vous dire que j'aime pas me lever. Et que lorsque je le fais très tôt, comme ce matin - l'homme partait à l'aéroport - je sais d'emblée que c'est une mauvaise idée.
 
Je vous passe la tête de déterrée, l'impression que quelqu'un s'obstine à me fermer les paupières contre mon gré et cette impression de brouillard qui ne me quitte pas. Je prends sur moi, mais parfois, les éléments s'obstinent contre vous, allez savoir pourquoi.
 
Allez, je peux l'avouer, je comptais bien, dès mon retour, aller m'en taper une avec Morphée ce matin, un peu honteuse, certes, mais consciente aussi que je ne pouvais pas traîner ma misère toute la journée.
 
L'homme déposé, j'ai donc rejoint titine dans un état mi-comateux, mi-excité... de retourner comater. C'est quand je suis restée coincée derrière la barrière du parking que j'ai senti que la journée allait être longue, mais loooonnnngue... "Carte illisible", qu'elle disait, la machine.
 
Moi, toujours motivée dès lors qu'il s'agit de retourner sous mes draps encore tout chauds, je ne me suis pas démontée. Un p'tit appel à un vrai monsieur, qui m'indique d'aller payer à la caisse automatique, la plus près étant située au "P3 Ouest".
 
Ou le P0 Ouest? Mince, j'ai un doute, surtout quand je ne trouve aucune de ces machines là où-je-crois-qu'il-m'a-dit.
 
J'erre sur les parkings. La vagabonde de Nantes-Atlantique, ne cherchez plus, c'est moi. Je maudis Vinci et me promets de me joindre au cortège anti-Notre Dame des Landes la prochaine fois.
 
 
En plus, je pourrais me prendre un pavé sur la tronche.
 
Ça pourrait faire une bonne excuse pour la mine de déterrée.
 
En même temps, si je me couchais plus tôt, je pourrais peut-être espérer le teint frais de la princesse, sans avoir à me faire mutiler par un flashball.
 
Je maudis Vinci mais bon, euh, quand même, je vais réfléchir pour jouer à la-fille-qui-aimait-se-faire-prendre-pour-cible-et-se-refaire-le-visage-à-coup-de-pavé.
 
J'erre donc toujours sur les parkings, je me demande où j'ai mis mes yeux, pour ne pas trouver cette foutue machine, me souviens que les yeux sont raccordés à un instrument bien utile qui s'appelle boîte crânienne, laquelle est censée, grâce à ses neurones magiques, rendre raison à son heureux propriétaire.
 
J'en ai marre d'être une quiche. Je veux dormir.
 
Là, mon portable sonne. Miracle, quelqu'un a dû retrouver mon cerveau.
 
C'est l'homme, il dit qu'on lui a confisqué sa bombe à raser, au portique qui fait bip-bip.
 
Je lui réponds que je suis toujours à l'aéroport et que, quand même, on est vraiment des pieds nickelés.
 
Il acquiesce, en reportant notre projet d'attentat (il écrit le mot en majuscules, le fou, je sens qu'on va être repéré illico par les RG) à une autre vie, quand on sera grand et qu'on saura détourner proprement un avion.
 
J'ai trouvé une machine. J'ai trouvé une machine!
 
La carte passe. Du premier coup. Alleluia, que j'écris à l'homme.
 
"Allez Louis A" qu'il me répond. Prendre l'avion semble lui insuffler un regain d'énergie, à moins qu'il ait bouffé un clown ce matin, y'a un truc.
 
J'ai repris la route du retour. C'est quand j'ai loupé la sortie, puis une deuxième, que j'ai compris que je devais définitivement abandonner l'idée d'aller sous les draps. Ce n'était pas plus pertinent que de faire demi-tour sur une ligne blanche, sous le regard des gendarmes, planqués juste en bordure de route.
 
Quand je vous dis que j'aime pas me lever...

mercredi 12 mars 2014

Où la fronçeuse de sourcils semble se réincarner

"Et sinon, vous avez appris des choses?"
 
Euh, perdre toute dignité en trempant du pain dans une soupe aux petits pois et pois gourmandes? (very private joke, sorry, et bonjour Flo, qui m'a accompagnée dans cette déchéance culinaire)
 
 
Perdre toute dignité en tapant dans la poche à douilles remplie de pâte spéculoos?
 
Perdre toute dignité en révélant son problème psychomoteur avec une poche à douilles dans la main?
 
En débarquant, samedi après-midi, à l'atelier, j'ai été accueillie par le sourire de Patricia, pas rancunière (bon, elle m'a collé deux heures de colle pour mon retard, mais deux heures de colle avec une pâtissière, comment dire, je veux bien faire un maximum de bêtises et enchaîner les lapins pour patouiller dans la pâte).
 
Tablier enfilé, j'ai joué à l'élève - pas modèle, Eddy-le-Fayot était revenu, je pouvais décemment pas lui piquer son rôle préféré - attentive pour suivre ce cours de 3 heures consacré aux macarons.
 
Patricia veille au grain pendant que je maîtrise la poche... Nan, je déconne, c'est une jeune élève, douée, elle, qui s'exerce à l'art du macaron, moi, je me contente de prendre la photo... et de la graine
 
 
J'avais déjà fait diverses tentatives, mais là, pour le coup, j'ai vraiment appris un tas de nouveaux petits trucs. Y compris qu'il faut vraiment que j'arrête de la jouer à la one again quand je fais mes pâtisseries. Donc, désormais, la meringue italienne sur ma tarte au citron, je la fais vraiment en respectant la température du sirop de sucre et en n'arrêtant pas de monter les œufs en neige, comme je l'ai fait jusque-là. Vous me direz, ça n'a pas empêché la dite-tarte de plaire jusque-là, mais d'un coup, j'ai eu l'impression d'avoir été un peu une imposture.
 
Je le dis sans acrimonie aucune. C'est bon, aussi, de penser à tout ce que je dois apprendre, ça donne des perspectives et l'envie de se bouger (et une bonne occas' de tester mon palais et de faire hurler ma balance).
 
Ils avaient quand même une jolie tronche, au final, ces macarons... Je vous parle même pas de leur saveur.
 
 
"Et sinon, vous avez appris des choses" m'a donc demandé ma conseillère en reclassement, dès lundi et mon retour sur terre.
 
Je vous ai dit qu'elle me faisait parfois penser à ma fronçeuse de sourcils? Rejetant l'idée aussitôt, histoire de ne pas me saper le moral, je l'ai bombardé de "génial", "extra", "super" - une bonne façon, aussi, de lui faire comprendre que le journalisme et moi, c'est fini, avec un vocabulaire pareil, je peux juste envisager d'animer un forum sur les pokemon, et encore.
 
Je lui ai aussi expliqué que non seulement Patricia n'était pas rancunière, mais qu'elle me proposait une opportunité en or: suivre un stage avec elle, dans quelques semaines.
 
Réponse de ma conseillère, pleine d'allant:
 
"Mais, vous ne pouvez pas trouver ça ici, à Nantes?"
 
...
 
Comment te dire, c'est comme si je déclinais le titre de top-model Elite pour préférer un poste de mannequin cher Herta.
 
Ok, vu ma silhouette, c'est pas très parlant. Mais vous voyez bien l'idée, hum?
 
 

mardi 11 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (part faïve)

Dernier épisode de cette mini-série, la part faïve n'a pas été la moins animée.
 
Samedi matin, avec encore quinze grammes de rosé pamplemousse qui squattaient mon sang empoisonné, j'ai suivi Jésus vers la station de vélo. Ah oui, comment on fait, déjà?
 
En même temps, il était 10h30 du matin, sous un soleil inespéré, j'ai senti que je devais sortir de cet état larvesque - d'autant qu'on n'a trouvé aucune trace de pilou sur moi depuis, ouh la la, une bonne semaine, autant continuer sur la lancée.
 
Nous voilà donc partis pour le marché des Capucins, et si je n'étais pas sûre de me prendre un trottoir/une vieille dame/un bus/un mendiant, j'aurais pu faire le trajet les yeux fermés. Mais que voulez-vous, quand on a la polio, on finit par devenir prudent.
 
Direction un cours d'œnologie, un peu particulier, puisqu'il consiste à faire un tour guidé du marché, de son quartier, de goûter vins & plats, j'en tremble d'angoisse d'avance (eh eh eh, j'ai du mal à contenir ma joie, en vrai, ravie de soigner le mal par le mal).
 
Jésus, jamais le dernier quand il s'agit de gourmandise.
 
 
Et c'est comme ça que tu remplis ton bide de sangria, boulette de morue, huîtres, fromage et vin blanc alors qu'il n'est pas midi. Mes capitons en tremblent à leur tour d'angoisse (ou est-ce de bonheur, de sentir qu'ils vont bientôt avoir du renfort?)
 
Bon, le plus dur, cela a quand même été le retour à la cave, où nous nous sommes attablés longtemps, très longtemps (42 minutes, pour être exact, selon Jésus, plus précis qu'une horloge suisse) devant des plateaux à tomber, sans pouvoir y toucher. Y'en a bien une qu'a essayé (et pour une fois, ce n'était pas moi) mais elle s'est fait littéralement taper sur les doigts. Au bout de 42 minutes d'explications - où nous avons appris un tas de choses que j'aurais aimé retenir pour me la péter, la prochaine fois que j'aurais un verre à la main - nous avons pu goûter ces alliances.
 
Le plus dur, c'est de ravaler sa bave.
 
 
Seul hic, l'heure passait et j'avais un cours de macarons qui m'attendait! On en touche deux mots au monsieur-qui-parlait-beaucoup et le terme "macaron" ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Aussitôt, l'une des participantes du cours saute sur l'occasion, elle qui n'aime pas le vin (!). J'essaie de la rameuter vers l'atelier, son mari la rappelle à l'ordre et de toute façon, je ne cerne plus grand-chose, j'ai deux verres dans le nez, que je me suis bien gardé de vider dans le crachoir. Alors, les détails...
 
Bon, je me fais une raison, je n'assisterai pas à la fin de ce cours. Je salue rapidement tous les participants, Jésus et le monsieur-qui-parlait-beaucoup et je file vers la station de vélo.
 
Et là, le drame. J'ai perdu mes jambes.
 
Sérieux. Je me sens comme une cul de jatte qui tenterait de faire marcher le bas de son corps. Je crois que mes capitons, lassés d'être ainsi abreuvés, ont lâché du lest et fait passer un peu (doux euphémisme) de toxine dans mes mollets. Si j'étais un peu plus souple, sûre que je sentirais le parfum du rosé pamplemousse rien qu'en me baissant.
 
Bon, c'est pas tout ça, y'a le cours de macarons qui m'attend. Allez, ni une, ni deux, je fais un sort à mon état d'ébriété, pire encore que le larvesque (le fait que je rigole béatement toute seule dans la rue n'est pas pour arranger mon cas. Je comprends d'un coup l'intérêt de garder du pilou sur soi, on n'est moins tenté de sortir, et donc de se ridiculiser). Je prends un vélo.
 
Crevé.
 
Ouh la la, ça va être compliqué, là.
 
Je prends un deuxième vélo. La machine, véritable inquisitrice, me demande pourquoi j'ai changé de vélo.
 
Réponse a/ je suis tellement guillerette que j'avais envie, juste histoire d'être encore plus en retard au cours;
 
Réponse b/j'ai envie d'appeler direct la maintenance pour un contrôle général des vélos bordelais
 
Mais je me résous à répondre: "vélo impraticable".
 
C'est ça, impraticable. Comme l'état des routes de mon sang, complètement débordées par l'afflux de vin.
 
Allez, je prends un deuxième vélo.
 
Il n'a plus de vitesse.
 
Il n'a plus de vitesse. C'est pas une blague, au début, je crois que ce sont mes jambes de cul de jatte qui me font pédaler dans la semoule. Mais en fait, je pédale vraiment dans la semoule à cause de ces foutues vitesses qui se sont fait la malle.
 
Bon, pas le temps de prendre un troisième vélo, je fonce et j'ignore les regards intrigués des passants qui me voient mouliner dans le vide.
 
J'arrive à l'atelier, me voilà prête à jeter le vélo là, comme ça, quand je me souviens que, pour ce vélo sans vitesse qui vient de me tuer les jambes et décrédibiliser l'efficacité de mon déodorant, j'ai laissé une caution de 200 euros.
 
Je le reprends et vais le poser sagement à la station. Avec une envie forte de lui donner un grand coup de lattes, mais en général, c'est toujours la machine qui gagne, rarement l'humain, qui plus est embrumé.
 
Et c'est comme ça que j'ai débarqué au cours de macaron...
 
Tiens, finalement, il y a une suite à cette mini-série.
 
A suivre...

lundi 10 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (intermède avant l'épisode faïve)

Ben oui, alors, on est lundi, la semaine folle a cédé sa place à une nouvelle, et elle en est où, cette semaine avec Jésus, a-t-elle fini en eau de boudin? On la joue chronique jour par jour et on n'assure pas un kopek jusqu'au bout?
 
Mais non, mais non, je suis juste plus occupée que si je bossais, c'te blague. Les journées devraient durer dix bonnes heures de plus pour que j'arrive à honorer ma to-do list. En même temps, en émergeant péniblement à dix heures du mat du lit, ce matin, forcément, j'arrange pas mon cas, on est d'accord. Mais enfin, j'y peux rien si mes draps me susurraient : "reste, allez reste, on t'avait plus vue depuis un moment, tu viens plus aux soirées?"
 
Je résume: je suis une mouette, quiche à ses heures, qui entend des draps parler, et des draps eux-mêmes influencés par Omar & Fred.
 
On est d'accord, je suis bonne pour la maison des fous. Non, pas celle-là, l'autre avec les entonnoirs, toussa, toussa.
 
Bref, tout ça pour vous dire que demain, promis, je vous raconte l'épisode faïve de cette semaine trépidante qui s'est achevée. En attendant, buvez à ma santé, sortez, vivez, qui sait si demain, vous n'entendrez pas à votre tour votre armoire vous demander de la vider ou votre garage de le ranger.
 
Pff, faut que je prenne l'air, on dirait bien :)

samedi 8 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (part fore)

Alors, aujourd'hui, y'avait bien radio, mais aussi télé. Non, je ne cherche pas à vous embrouiller, et ce n'est pas le rosé pamplemousse que j'ai ingurgité en intraveineuse qui me fait dérailler.
 
 
 
Aujourd'hui, il y avait FR3. Si, si, au marché des Capucins, les mamies et les papis l'ont bien dit, en montrant du doigt le cameraman.
 
"C'est FR3!"
"Si on nous demande, on sait rien"
"Mais tu sais pourquoi ils sont là?"
 
Ben nous, on savait, mais on n'avait aucun mérite. Une équipe de France 3 - na-tio-nal, s'il vous plaît- avait passé la semaine en Gironde pour tourner plusieurs sujets et finissait par la cerise sur le gâteau, un portrait de Jésus et de sa cuisine.
 
 
Le chef n'a pas eu l'air véritablement démonté et j'ai même envié le journaliste, à un moment, tant il avait là le client idéal, du genre à anticiper les demandes et à avoir fait les repérages à sa place. Le pied.
 
Et là, j'ai songé que je n'étais plus journaliste. Ah oui, c'est vrai.
 
Passé ce bref moment de brouillage de piste dans mon cerveau déjà bien embrumé (parfois, je me demande où je l'ai laissé traîner, tant il me fait défaut), j'ai resitué la scène et réalisé qu'après tout, il n'y avait pas grand bouleversement dans notre emploi du temps: départ de l'atelier en vélo, arrivée à France Bleu, chronique du Grand Miam, Capucins, retour à l'atelier. La routine.
 
C'est juste que cette fois, une caméra suivait le moindre de nos déplacements (je vous rassure, je n'ai pas viré mégalo, il suivait bien uniquement le chef, mais comme je fais un stage vis-ma-vie-de-Jésus, je ne le lâche plus du tout, le pauvre, et j'arrive pas à enlever le scotch).
 
Jésus prierait-il pour que je le lâche?
 
 
Forcément, pour la discrétion, c'est un peu raté, mais pour le reste, ben disons qu'il y a des stages plus difficiles. Après le tour des étals et quelques courses pour préparer la recette du midi, direction l'atelier pour un vrai faux cours, où j'ai tout naturellement fait ma quiche, en affirmant que je prenais là, comme les deux autres élèves présents, mon premier cours de cuisine.
 
Je fais bien la quiche, et pas que la lorraine, je suis confondante de naturel, même, dans ce domaine, quand j'y pense.
 
On a donc suivi ce cours, une nouvelle façon, aussi, d'observer comment mener un cours de cuisine, avec toutes ces petites astuces, ces trucs qui changent la vie, que j'aimerais moi aussi, un jour, partager avec des marmitons. Bon, pas sûr qu'ils auront les yeux écarquillés et la bave aux lèvres comme on l'a eu, lorsque Chef Jésus a dressé son tartare aux deux poissons et noix de St-Jacques au noilly prat.
 
Carpaccio à tomber par terre. Ou comment me faire manger du saumon sans souffrance.
 
 
Mais qu'importe, je ne suis pas là pour me comparer à quelqu'un qui a de la bouteille et pour qui la popotte est aussi naturelle que de se brosser les dents le matin.
 
J'espère juste que les rencontres, comme celles que j'ai pu avoir avec les autres vrais faux élèves, pourront conserver cette spontanéité et ce petit côté magique. Les jours passent et, plus que jamais, je mesure ma soif de partage et de simplicité. Et pour ça, mille voies existent.
 
Reste à choisir la plus pertinente...
 

vendredi 7 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (part friiiiiii)

 
Jeudi, 23h59... Ah, au secours, je suis attaquée par le syndrome Cendrillon, il est minuit et... je n'ai pas eu une minute pour poster! Et pourtant, il y avait matière, une fois encore, aujourd'hui. Depuis deux jours, sous un soleil retrouvé et des airs printaniers, nous arpentons en vélo le bitume bordelais avec bonne humeur... en oubliant, léger bémol, les gaz d'échappement et les klaxons plus nombreux que les bars à cannelés dans la ville de M. Juppé - et c'est dire.
 
Parfois, après la radio, on passe au marché des Capucins, haut-lieu que j'ai toujours adoré, avec ses étals colorés et pleins de promesse.
 
Il y a Abdel qui me raconte qu'il adore Jésus, "un homme propre", et qui me dit s'éclater dans sa poissonnerie, lui qui avait commencé par l'éducation nationale. "Que veux-tu, les gamins, tu peux même pas les toucher s'ils ont fait une bêtise, sinon, t'es convoqué directement!" Et il se marre, heureux qu'il semble être de bosser à son compte. Il y a tous ces marchands à qui l'on fait juste un sourire, et qui y répondent, simplement. Il y a cette ambiance bon enfant, ces odeurs, mélange étonnant et détonant d'encens, de cumin, de poulet cuit et d'herbes... On revient le vélo plein d'ail, de poivrons, de persil plat et de deux-trois autres courgettes et gigot d'agneau.
 
D'autres fois, on prend un vélo uniquement pour transporter de la grosse came. Genre, un meuble à casiers qui pèse un âne mort, dégoté dans un lieu improbable (avec Jésus, j'ai l'impression de découvrir des cavernes d'Ali Baba à tous les coins de rue, en fait, quand j'y pense). Et là, le sourire du Chef n'est pas feint, on s'est bien amusé à ramener la trouvaille à l'atelier.
 
Mais au delà de toutes ces victuailles et autres trésors, je ne me lasse pas de toutes ces rencontres, à droite, à gauche, à l'occasion d'un passage chez un fournisseur, d'un galeriste qui, du coup, prendrait bien de nouveaux cours de cuisine... Et même dans des instants plus graves - je ne crois plus aux Bisounours, on est d'accord, tout n'est pas si joyeux et chaleureux, évidemment - je me réjouis de découvrir certaines personnalités.
 
Ainsi, dans un hôpital où Jésus avait rendez-vous aujourd'hui pour évoquer des projets autour de la cuisine, on a rencontré des personnes qui s'investissent pour que ce monde dans lequel nous vivons soit le plus supportable, à la fois, bien sûr, pour ces malades atteints du cancer, mais tout simplement pour chacun d'entre nous. Sans angélisme, mais plutôt comme une évidence. En me tendant une bouteille de coca gélifiée, Laura, chargée de développer les activités de cet institut bordelais, m'a fait un sourire. "Hey, il faut bien rigoler un peu, hein? Surtout dans un tel contexte."
 
Un contexte effectivement moins drôle que l'on pourrait l'imaginer, au vu de ce cliché. Le soleil, trompeur, masque la réalité des faits, celle d'une vraie rencontre de travail entre une directrice artistique, la sémillante Laura, donc, et Jésus.
 
 
Sans refaire le monde, ils ont simplement échangé sur leur projet, confrontés à des réponses négatives du corps médical pour qui l'imagination n'a que peu à faire dans les protocoles.

Pour un chef d'entreprise, ces tranches de vie sont autant de graines que l'on plante et qui, un moment ou un autre, vont germer, si l'on n'oublie pas de les arroser. Jésus, lui, reste en alerte, jamais à court d'idées, ayant compris depuis bien longtemps que son activité ne s'arrêtait pas à la fin d'un cours de cuisine.
 
Anne me demandait, dans son commentaire du post précédent, si j'apprenais des choses utiles pendant ce stage. Sans doute s'interrogeait-elle sur le fait que je n'étais pas la main dans la pâte, à cuisiner.
 
Mais je crois qu'il ne s'agit pas, cette fois, de faire, mais bien d'être. Et je prends une bonne leçon, là.

mercredi 5 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (part tou... tou?)

Oui, toutou, je fais le toutou, je ne lâche plus Jésus d'une semelle, le pauvre...
 
Et qui dit vis-ma-vie-de-Chef-Jésus, dit beaucoup, beaucoup d'énergie, beaucoup de rire, aussi, beaucoup de vie, tout court.
 
Hier, on a de nouveau enchaîné, avec ces multiples riens qui animent la journée en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.
 
Nous étions encore à la porte de l'atelier qu'un agent municipal de Bordeaux, chargé de nettoyer les trottoirs, nous reluque et, s'adressant à Jésus:
 
"Alors, Chef Jésus, c'est pour quand la télé?
 
- Jamais!" lui a répondu le dit chef.
 
En tout cas, c'était pas l'heure de la télé, y'avait radio. Direction France Bleu Gironde, sous les giboulées, et voilà Jésus parti à parler de mardi gras sur les ondes locales, avec allant et générosité.
Ensuite, nous voilà partis pour quelques emplettes pour le coaching du soir. A la caisse, la demoiselle fait un grand sourire à Jésus: "Hey, Chef, je vous ai entendu, hier, j'étais de repos!"
 
Personnage public ou pas, Jésus sait bien que ce statut, ces chroniques quotidiennes à la radio, constituent une sorte de parenthèse finalement, dans cette vie où chaque coup de téléphone, chaque mail peut prendre une importance démesurée, tant une entreprise peut - ou pas, si l'on manque de vigilance - se développer par de multiples moyens, des entrées si diverses qu'elles semblent parfois improbables.
 
On a donc traité les "affaires courantes" et je me suis donc transformée en secrétaire particulière. Pour le look, on repassera, puisque, sans virer dans le pilou-pilou, je n'étais pas non plus dans le triptyque chignon strict-lunettes noires et talons hauts (comment ça, on est en plein cliché?). Cela étant, au téléphone, personne n'était censé le savoir, hein.
 
Et la cuisine, me direz-vous? Ah, très belle, si si.
 
 
 
 
Ah, cuisiner, vous voulez dire? Patience, patience...
 
Le soir, Jésus avait donc un cours de coaching pour deux personnes, déjà habituées des lieux. Trois heures pour un repas complet, à tomber par terre, et l'impression, en fin de soirée, d'avoir dîné avec des amis, autour d'un bon verre. Ambiance franche camaraderie et dîner plus que parfait, ça, c'est la touche du Chef.
 
 Fayotte? Le pire, c'est que, eh bien, même pas (en plus, je voudrais pas dire, même si c'est un peu une private joke qui ne peut concerner que nous quatre, mais le fayot, c'était bien Eddy, le parfait élève qui avait bien réussi son tartare de magret de canard, LUI, alors qu'on était deux à avoir trop tassé l'affaire. Pff.).
 
La clé du succès, ici, c'est bien, me semble-t-il, ce goût pour la cuisine bien faite et simple, sans esbroufe. Forcément, quand on voit ça:
 
Salade japonaise et son bœuf au cajou. Je ne vous dis que ça...
 
Ou ça:
 
Un mandaro (copyright Jésus) qui tue sa mère (au moins)
 
 
... On se dit que, ouais, la Mouette, elle a pété un câble, que c'est aussi simple qu'une Parisienne du 16e aux Tuileries (comment ça, encore un cliché? Ah ben oui, je suis bourrée de clichés ce soir). Et pourtant, je vous assure que tout ça était réellement simple, on peut même le faire sous de fortes doses de Monbazillac... Parole de stagiaire vis-ma-vie-de-Chef-Jésus.
 

lundi 3 mars 2014

Ma semaine avec Jésus (part ouane)

A l'heure où j'écris, Jésus checke ses mails... profitant de la pause pub. Ben oui, je suis en pleine immersion, que voulez-vous: on rigole devant... Top chef.
 
Il aura fallu que je côtoie un chef pour mater des cuistots à la télé, un comble. N'empêche, c'est bien de cuisine dont nous avons parlé toute la journée, pour mon plus grand bonheur. Alors que la tempête menaçait, dehors, j'ai senti d'emblée toute la chaleur de Chef Jésus, à mon arrivée. Son atelier, au cœur de Bordeaux, est exactement comme je l'imaginais, avec un immense îlot au milieu de la cuisine, des placards immenses et bourrés d'astuce, du bois, de l'inox, du verre, et autant de promesses pour les papilles.
 
Pourtant, je n'aurais pas touché à un couteau, aujourd'hui, sinon celui de Yannick, commercial avenant venu présenter son matériel culinaire. Un aperçu de la relation qu'on peut entretenir avec les fournisseurs, entre bluff commercial et enthousiasme sincère pour des assiettes sublimes ou un wok en inox qui coûte sans doute un bras, mais qui donnerait presque envie de se faire amputer, pour le plaisir de cuisiner comme un chef.
 
Je n'aurais touché à aucun cul de poule, à la fois concentrée et fascinée par les multiples tâches qu'accomplit Chef Jésus au quotidien. Telle Shiva, il passe d'un devis pour onze collègues corporate à celui d'un cours pour quatorze jeunes filles - peut-être pas en fleur - qui enterrent la vie de leur copine avant le passage de la corde au cou. Sans transition, il jette un œil à sa page Facebook, histoire de répondre mais aussi de contrôler la com. La minute d'après, Jésus rebondit sur une demande d'un client, s'attachant ensuite à la compta, à l'élaboration d'un cours de bourguignon dans un créneau limité, reprenant sa calculette, la lâchant pour répondre au téléphone...
 
Je n'aurais massacré aucune poche à douille aujourd'hui, scotchée à l'écran, avide d'écouter, d'observer, de sentir... Il y a parfois tant à faire, loin des fourneaux, pour mieux développer son affaire que passer la journée sans toucher à aucun brin de persil, ni allumer le four, m'a semblé très naturel.
 
Je revis les sensations de l'époque du Café Clochette, avec cette effervescence, cette émulation et le sentiment de vivre un moment à part, privilégié, au côté d'un passionné, déterminé, qui, comme je vous le racontais la semaine passée, a su ajouter à sa toque de cuisinier celle d'un personnage public, chroniqueur radio (on en reparlera) qui place ses pions à droite, à gauche, mais sans concession.
 
Et promis, je ne vous dis pas ça juste parce qu'il m'a régalé ce soir, à table.
 
...
 
Miam!